Non, l'automatisation ne signera pas la fin des banques, mais elle modifiera la dynamique des services financiers, deuxième partie

Roland Alston, Thought Leadership Program Leader
February 11, 2021

La technologie est le moteur du changement, mais le changement est devenu particulièrement frénétique ces dix dernières années.

Cette tendance, selon l'expert des FinTech Chris Skinner, est en partie le résultat de la crise financière mondiale, mais a également été rendue possible par la révolution numérique.

« Je suis un technologue, affirme Chris Skinner, et j'ai passé toute ma carrière à étudier comment la technologie pourrait changer l'avenir de la finance et des services financiers. Mais il s'agit d'une révolution numérique à l'échelle mondiale, et elle va bien plus loin que la simple transformation du secteur bancaire. »

Le commentaire de Chris Skinner dans HYPERAUTOMATION, un recueil d'essais récemment publié sur l'avenir du développement Low-Code et de l'automatisation des entreprises, nous en apprend plus sur les forces motrices du changement radical auquel nous avons assisté au cours de la dernière décennie, et sur la façon dont l'essor de la finance non traditionnelle a créé des entreprises inclusives et de nouveaux modèles de finance.

5 forces de changement radical dans le secteur bancaire

« L'évolution est aujourd'hui permanente, affirme Chris Skinner, et appelle les fintechs et l'écosystème des services financiers de manière générale à veiller à ce que les moins fortunés d'entre nous ne soient pas laissés pour compte. »

C'est aujourd'hui plus important que jamais, car l'hyperautomatisation offre des expériences hautement personnalisées auxquelles les clients s'attendent en ces temps de changement constant. Ce qui, selon Chris Skinner, est une bonne transition vers les cinq forces de changement radical qui nous propulseront dans l'ère de l'hyperautomatisation :

  1. Inclusion financière: le fait que toute personne ayant accès à un téléphone portable puisse désormais avoir accès à un financement explique pourquoi tant de personnes s'engagent dans le commerce et les transactions. Selon la Banque mondiale, 69 % des adultes, soit 3,8 milliards de personnes, ont maintenant un compte dans une banque ou chez un fournisseur d'argent mobile, ce qui représente une augmentation substantielle par rapport aux 51 % seulement en 2011 ; tout cela grâce aux téléphones mobiles et à Internet. En bref, le numérique est bon marché.
  2. Littératie financière: considérant que la finance est le principal facteur de confort et de richesse dans notre vie, c'est aussi l'un des domaines les plus négligés de nos années sur les bancs d'école. De nombreuses entreprises se concentrent aujourd'hui sur l'éducation financière des enfants, en utilisant les technologies de jeu pour la rendre facile et amusante.
  3. Capacité financière pour les personnes financièrement moins aptes: ce programme s'appuie sur l'éducation financière mais se concentre spécifiquement sur les utilisateurs financiers les plus vulnérables, comme la gestion financière pour les personnes âgées. Ainsi, si un parent est atteint de démence, d'Alzheimer, de Parkinson ou d'une autre maladie, cela signifie que ce dernier ne peut plus gérer ses finances. Ces applications aident leurs enfants, s'ils en ont, à s'occuper de leurs finances et à éviter de se faire arnaquer par des escrocs et des criminels.
  4. Bien-être financier: les psychologues ont constaté que ceux qui ont les plus importants problèmes de santé mentale sont généralement ceux qui ont la plus mauvaise santé financière. De nombreuses études indiquent que les personnes ayant des problèmes de santé mentale sont plus susceptibles d'être endettées, alors que celles qui ont des problèmes de dépendance sont les plus susceptibles d'en être le problème. C'est pourquoi les banques britanniques Monzo et Starling aident leurs clients à renoncer au jeu en leur proposant de bloquer les transactions liées, afin d'empêcher leurs comptes bancaires d'accéder à tout ce qui a trait au jeu.
  5. Durabilité et banque responsable: selon Chris Skinner, la meilleure illustration de la finance durable est représentée par Ant Forest, qui encourage les 800 millions d'utilisateurs d'Alipay en Chine à jouer à un jeu virtuel de plantation d'arbres. Pour faire pousser un arbre, le système encourage les utilisateurs à éviter de faire des choses qui augmentent les émissions de carbone. Plus votre mode de vie est respectueux de l'environnement, plus vous gagnez de points et plus vous économisez.

« Il existe de nombreuses façons de changer notre mode de vie pour devenir plus respectueux de l'environnement, indique Chris Skinner, y compris en effectuant des paiements en ligne. »

Passer au numérique et planter des arbres

En jouant à une application amusante tout en effectuant des paiements, 500 millions d'utilisateurs chinois d'Alipay ont planté plus de 100 millions de vrais arbres en Mongolie intérieure et dans la province du Gansu, qui couvrent près de 1 000 kilomètres carrés de terrain. Cela permettra de réduire les émissions de carbone de la Chine d'environ 5 % d'ici à la fin de 2020, d'après l'expert.

Comme il l'explique dans son article, c'est ainsi que l'on tire des leçons, en examinant les nouvelles économies qui n'avaient pas ou peu d'infrastructures historiques. Nous voyons cela se produire en Inde, en Chine, dans toute l'Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Ces pays ont lancé leurs projets d'infrastructure à l'ère du Web et, par conséquent, font exploser leurs économies.

Chris Skinner explique ainsi avoir tiré cet enseignement lors de sa visite à Ant Financial à Hangzhou, en Chine. L'entreprise a pour mission l'inclusion financière mobile et a exporté ses technologies vers des partenariats locaux en Indonésie, aux Philippines, en Thaïlande, au Pakistan, en Inde et ailleurs.

La technologie numérique permet de proposer des services financiers simples sur des marchés qui ont été historiquement ignorés par les banques.

« L'exemple le plus parlant se trouve en Inde, révèle l'expert. Ce qui s'y passe nous ramène vraiment à ce qui se passe en matière de technologie et d'inclusion financière. Paytm, par exemple, est un portefeuille mobile utilisé dans toute l'Inde. Il compte aujourd'hui environ 400 millions d'utilisateurs alors que, juste avant la démonétisation en novembre 2016, il en comptait environ 150 millions. En raison de la démonétisation et d'autres mesures prises par le gouvernement indien, l'histoire de l'inclusion en Inde a connu une hausse spectaculaire, et ce, en grande partie grâce au réseau de portefeuilles de paiement mobile. »

Débloquer de la valeur pour l'humain numérique

Vijay Shekhar Sharma est le fondateur de Paytm. C'est aussi un fan de Jack Ma et d'Alibaba. Il a voulu importer un modèle similaire à Alibaba et Alipay en Inde, raison pour laquelle il est allé à la rencontre de Jack Ma et l'a persuadé d'investir dans son entreprise. Résultat : Alibaba et Ant Financial possèdent une part importante de Paytm. Les technologies de base de Paytm sont fournies par Ant Financial par le biais de l'open banking, de paiements ouverts et de services financiers ouverts.

Ces technologies ont permis à Paytm de se développer et de s'étendre très rapidement grâce à des services basés sur le cloud. Ant Financial et Alipay ne se limitent pas à l'Inde, puisqu'ils disposent aussi de partenaires dans de nombreux autres pays, du Pakistan aux Philippines en passant par l'Indonésie, la Thaïlande et la Corée du Sud. En d'autres termes, Ant Financial a pris une dimension mondiale.

Quant au fondateur de Paytm, il est aujourd'hui le plus jeune multimilliardaire indien, alors qu'il connaissait d'importantes difficultés financières il y a tout juste dix ans, ruiné par ses partenaires commerciaux et dormant sur les canapés de ses amis pour survivre. Selon Chris Skinner, une leçon doit en être tirée :

« La mise en place de réseaux de services financiers permettra d'offrir des opportunités et de favoriser l'inclusion de tous. »

S'appuyant sur des années d'expérience et de nombreux entretiens avec des cadres supérieurs des services bancaires et financiers, l'essai incontournable de Chris Skinner nous montre les forces cachées du changement qui créent de nouveaux modèles de finance.

(Si vous avez manqué la première partie de cet article, retrouvez-la ici. Pour lire l'essai de Chris Skinner, téléchargez votre copie gratuite d'HYPERAUTOMATION.)